rabi'a al adawiyya

Publié le par salsabila

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La présente communication est une lecture de la notion de l'amour Divin « hubb » entre l'être humain est son Dieu évoqué principalement dans la poésie de Rabi'a al Adawia. A travers chaque vers, elle nous emporte dans un monde euphorique ou l'amour divin terrasse l'amour humain.
L'option pour le mysticisme fut pour Rabi'a la voie pour parvenir à l'élévation religieuse qui réunit l'amour humain et l'amour divin créant ainsi cette symbiose exaltante qu'est l'union de la créature à son créateur.
Rabi'a al adawia vécut à Basra entre 713 et 801, c'est à dire au 2e siècle de l'hégire. Son père la nomma Rabi'a parce qu'elle était la quatrième fille dans sa famille.
Rabi'a passa sa première jeunesse dans un milieu de piété. Toutefois, après la mort de ses parents elle fut livrée à elle même. Ceci fit d'elle une proie aux caprices de ceux pour qui les créatures faibles et matérielles dépourvues ne peuvent accéder au rang des humains et sont par conséquent traitées comme des sous-humains.
Certaines sources historiques rapportent que Rabi'a fut esclave, s'adonna au chant et céda aux plaisirs du corps jouisseur. Néanmoins cette partie de sa vie si obscure et si tumultueuse ne coupa jamais les liens entre Rabi'a et Dieu.
Une fois affranchie, Rabi'a renonça à ce monde pervers, plein de menaces, à la pensée biscornue pour se diriger vers un monde spirituel. Et par sa pensée, elle quitta sa société pour se renouveler et plonger dans l'atmosphère saine de l'amour divin et c'est ainsi qu'elle entreprit un voyage vers son intériorité et c'est dans l'ascèse que Rabi'a retrouva son salut.
La voie ascétique fondée sur l'amour de l'être divin qui procure à l'être humain son bien être attirait l'arme souffrante de Rabi'a elle cherchait alors toujours à atteindre ce qui est élevé, ordonné et harmonieux. elle s'élevait vers Dieu l'unique être aimé. Rabi'a commença son cheminement avec une sincérité inégalable ce qui lui permit de pacifier son ego et redécouvrir sa spiritualité qui est en fait d'origine divine.
En se détachant de sa vie quotidienne, Rabi'a partit en quête de la paix intérieure et de l'éveil et trouva satisfaction dans l'amour divin. C'est ainsi que Rabi'a fut la première, à introduire la notion de l'amour divin (hubb, chawq, ichq ilahi) pour d'autres dans la mystique islamique.
Amoureuse de Dieu, elle vécut l'âme prête à s'envoler vers l'aimé. Son existence ne fut que prosternation. Son recueillement la rendit aveugle aux soucis du quotidien, et c'était ce recueillement qui devint son instrument de vision, enthousiasme et amour, crainte et admiration. Ses textes cristallisent les champs sémantiques qui caractérisent le thème de l'amour. Le désir et l'expression fervente et enthousiaste de ses sentiments s'organisent autour de contradictions perpétuelles : joie et douleur, espérance et désespérance, crainte et assurance. L'un et l'autre de ces pôles est susceptible de se transformer en son contraire.
En une poésie sublime, Rabi'a exprime sa joie, satisfaction (état de surrur) chez l'ascète :

 

يا سروري و منيتي وعمادي *** وأنيسي وعـدتي ومرادي

كم بدت منة وكم لك عندي *** من عطـاء ونعـمة وأيادي
أنت روح الفؤاد وأنت رجائي *** أنت لي مؤنس وشوقك زادي
أنت لولاك يا حـياتي وأنسي *** ما نشأت في فسيـح البـلاد
حبـك الآن بغيتي ونعيـمي *** وجلاء لعيـن قلبي الصادي
ليس لي عنك ما حييت براح *** أنـت مني ممكن في السواد
إن تكـن راضيا علي فإني *** يا منى القلـب قد بدا إسعـادي
.

Considérons maintenant comment la joie (surrur) exprimé dans le poème cité si dessus se transmue en tristesse quand la crainte de Dieu l'envahit :

أتحرقني بالنار يا غاية المنى *** فأين رجائي فيك، أين مخافتي



L'ascétisme est par définition la pratique de l'abnégation et de la renonciation aux plaisirs du monde d'ici-bas. Dans le but d'accéder à un plus haut degré de spiritualité et de conscience de soi et pour parvenir à un état extatique il serait primordial de défaire les liens entre l'âme et le corps. D'abord, l'on doit se connaître car « qui se connaît soi même, connaît Dieu » disait Ghazali. Se connaître consiste à savoir d'ou en vient, ou on va et pour quel but vit-on, c'est dans ce sens que Rabi'a entama son voyage vers son intérieur et acquit les qualités morales qui l'ont dirigée dans sa vocation. Elle accomplissait les devoirs canoniques de l'islam. Elle ne mangeait que peu, ne dormait que peu et vivait seule.
Toute sa vie fut « chawq » (désir de rencontrer l'être divin). Ce désir l'aide à s'élever vers Dieu, l'unique l'être vénéré, adoré et qu'elle contemplait avec un amour qui la mettait en extase. Son âme fut toujours prête à s'envoler vers Dieu avec qui elle se sentait à l'aise :


لم أجد لي عن هواه عوضـا *** وهواه في البرايا محنتي
حيثما كنت أشاهـد حسنه *** فهو محرابي وإليه قبلتي
إن أمت وجدا وما ثم رضـا *** وا عنائي في الورى وا شقوتي
يا طيب القلب يا كل المنى *** جد بوصــل منك يشفي مهجتي
يا سروري وحياتي دائما *** نشأتي منك وأيضـا نشوتي
قد هجرت الخلق جمعا أرتجي *** منك وصلا فهو أقصى نشوتي



De part les exercices ascétiques auxquelles elle s'adonnait, Rabi'a atteignit la méditation dans son sens véritable. Elle se rendit disponible, se laissa prendre, saisie par le mystère de l'amour qui l'emporta très haut. L'être divin devint pour elle la joie et l'allégresse qui subsista dans sa conscience et l'accompagna jusqu'à sa mort. Rabi'a a mortifié ses désirs et s'est dépouillée de toute attache sensible. L'amour divin foudroyait son esprit, le désir irrésistible de rencontrer l'être divin l'enflammait. Fascinée, éblouie, elle se perdait, disparaissait, en un mot son âme s'enivrait allégoriquement. Le vin symbolique est présent :

كأس المسـرة والنعيم يديرهـا *** ساقي المدام على المدى متتابعة
ماذا نظـرت فلا أرى إلا له *** وإذ أحضـرت فلا أرى إلا معه
يا عاذلي إني أحـب جماله *** يا الله ما أنني لعذلك سامع
كم بت من حرقي وفرط تعلقي *** أجري عيونا من عيوني الدامعة
لا عبرتي ترفا ولا وصلي له *** يبقى ولا عيني القريحة هاجعة



A travers chaque mot, chaque phrase, Rabi'a exprimait la mortification de l'emprise de son corps, et l'extinction de ses passions, penchants et désirs terrestres. Simultanément chaque mot, chaque phrase était l'expression d'une spiritualité libératrice qui l'exaltait. Par moments, Rabi'a connaissait une félicité sans bornes. Elle nous dit :

فالجسم مني للجليس مؤانس *** وحبيب قلبي في الفؤاد أنيسي



Le mystique de Rabi'a trouvait son achèvement dans l'attitude de l'amour qui renonce à soi même et qui se donne. La flamme de son désir était sans cesse rallumée par l'attente de la rencontre de celui qu'elle avait choisi d'aimer allégrement. C'est l'amour pur qu'éprouve la femme libre vis à vis de l'être aimé. Ce qui qualifiait Rabi'a de passionnée, d'éprise de Dieu, était en fait ce pouvoir qu'elle avait à élever le désir et à le spiritualiser. Crainte (khawf) invocation, énonciation (Dikr), espérance (amal).
L'abandon à Dieu (istislam), patience (sabr), et imploration (mounadjat), sont les états qui ont marqué l'amour divin que Rabi'a a vécu pleinement. Elle n'espérait nullement une récompense provenant de l'être divin. Elle aimait Dieu pour son être. Elle se soumettait à lui par l'amour libérateur - ainsi nous offre t'elle un exemple pathétique de l'amour divin - ni le paradis l'attirait ni l'enfer l'effrayait, seule la rencontre de l'être divin la fascinait, l'éblouissait :

وإن كنت أعبدك طمعا في جنتك فاحرمني منه
أما إذا كنت أعبدك من أجل محبتك فامنحني الجزاء الأكبر
امنحني مشاهدة وجهك ذي الجلال والإكرام



Le but ultime de Rabi'a était la satisfaction de l'être divin. Sa satisfaction à elle était son abnégation et sa soumission dans son amour pour Dieu. Sous une forme très profonde, elle exprimait ainsi cette même conception :

إلهي هذا الليل قد أدبر، وهذا النهار قد أسفر فليت شعري، أقبلت
مني ليلتي فاهنا أم رددتها علي فأعزي، فوعزتك هذا دأبي
ما أحييتني وأعنتني وعزتك لو طردتني عن بابك
ما برحت عنه لما في قلبي من محبتك



La poésie de Rabi'a décrivant son amour inconditionnel pour Dieu est d'une saisissante beauté et jouit d'une très grande notoriété dans les milieux soufis ou elle est encore récitée :

فأما الذي هو حب الهـوى *** فشغلي بذكرك عمن سواك
وأما الذي أنت أهل له *** فكشفك للحجـب حتى أراك
فلا الحمد في ذا ولا ذاك لي *** ولكن لك الحمد في ذا وذاك



De deux amours je t'aime
L'un tout entier d'amour
Et l'autre pour ce que tu es digne d'être aimé
Le premier, c'est le souci de me souvenir de toi
De me dépouiller de ce qui est autre que toi
Le second, c'est l'enlèvement de tes voiles

Que je ne sois ni de l'un ni de l'autre loué
Mes louanges à toi pour l'un et pour l'autre.

Rabi'a laissa son individualité s'anéantir dans la divinité et vécut dans l'abnégation totale. Elle dévoua sa vie à l'amour divin préférant ainsi le célibat au mariage. Pour elle toute relation de mariage doit être fondée sur l'amour, or Rabi'a ne portait d'amour que pour dieu :

حبيب غاب عن بصري وشخصي *** ولكن عن فـؤادي لا يغيـب



L'autre raison justifiant son option pour le célibat est que la condition sine qua non pour le mariage est la capacité de choisir, Rabi'a ne disposait pas d'elle même. Elle ne pouvait choisir parce qu'elle appartenait à l'être aimé : « Dieu ». Rabi'a semble avoir épousé l'idée d'être la propriété de Dieu, elle exprime explicitement cette même idée :

أما أنا فلا خيار لي في نفسي
إني لربي وفي ظل أوامره ولا قيمة لشخصي



Pour terminer, disons que le patrimoine laissé par Rabi'a était inspiré par la passion amoureuse qu'elle vouait à Dieu, sa poésie chante un amour unique et idéale dans la tradition mystique. Par le jeu des mots, elle décrit magnifiquement son exaltation dans l'amour divin.
Lire la poésie Rabi'a nous offre cette chance d'aller au delà de l'expérience sensuelle vers une spiritualisation et une intériorisation du sentiment amoureux. L'amour divin qu'a vécu Rabi'a était pour elle le facteur de l'élévation spirituelle qui l'avait conduit au paroxysme de la jouissance sublime que ne saurait offrir l'amour dans sa conception ordinaire.
Tentons ensemble de voyager dans le temps, de pénétrer l'univers mystique de Rabi'a pour quelques instants et partageons alors cette expérience à travers l'image que nous renvoient les vers suivant. Imaginons cette passionnée de l'être divin seule, suppliant Dieu, l'implorant en lui disant :

وليت الذي بيني وبينك عامر *** وبيني وبين العالمين خـــراب
إذا صح منك الود فالكل هين *** وكل الذي فأـوق التراب تراب



N'est ce pas la une élévation mue par une grâce suprême et transcendante du corps jouisseur et influençable ?

Bakhta Abdelhay
Université de Mostaganem


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Publié dans le soufisme (tassawof)

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sissi 12/06/2010 21:50



merci c'est tres ressourçant de lire  cela , et etre a se point amoureuse de dieu, doit ne plus du tout craindre ni la vie ni meme la mort .



salsabila 12/06/2010 23:22



oui echawk ila liqae allah efface toute la peur et la crainte de la mort